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Le Franc – les monnaies, les archives

1793 - 2001

Au-delà de sa matérialité, la monnaie que vous tenez dans vos mains cristallise une série d’événements historiques, des décisions politiques et administratives, des choix techniques et artistiques.

Les connaître et les comprendre permet de replacer chaque monnaie dans son contexte. Rassembler ces monnaies peut alors prendre un sens historique, technique ou artistique.

C’est ce qui fait l’âme d’une collection de votre collection.

59,00

Le Franc – les monnaies, les archives est non seulement un argus (de plus de 2 kilogrammes) avec les cotes de toutes les monnaies françaises libellées en « FRANC » de 1793 à 2001 mais surtout un catalogue numismatique regroupant un titanesque travail de recherche.

L’ aventure du Franc débutée en 1995 se poursuit cette année avec la parution d’un ouvrage complet Le Franc : les Monnaies, les Archives, rassemblant cotes et histoire de la numismatique moderne française. Ce catalogue de cotes avec la valeur des pièces de monnaies est un véritable livre d’histoire avec une approche scientifique, une encyclopédie de la numismatique moderne française.

La numérisation et l’exploitation récentes de plus de 100 000 pages d’archives ont permis d’établir un état de connaissances qui n’avait pas été mis à jour depuis plus de cent ans avec ce niveau de détail, révélant ainsi une mine d’informations inédites. C’est ce que nous vous proposons de venir découvrir et partager. Au-delà de la simple existence de la monnaie et de sa cotation, il y a eu des événements historiques, des décisions politiques et administratives, des choix techniques et artistiques. Les connaître et les comprendre est le propos du Franc Les Archives. Chaque monnaie est ainsi replacée dans son contexte historique, politique, administratif, social, technique, culturel et artistique. Collectionner les monnaies prend alors tout son sens et fait sens. C’est ce qui fait l’âme d’une collection…

La présentation a été entièrement renouvelée et de nombreuses mentions rajoutées.

Ce livre de cotations intéressera, bien au-delà du cercle des collectionneurs de monnaies modernes françaises, le grand public passionné d’histoire, le numismate débutant, chevronné ou professionnel, l’antiquaire ou bien les universitaires qui ont soif de documents de référence.

Édition 2019 – À la mémoire de Stéphane Desrousseaux et de Michel Prieur.
Cotes en Euro, 1126 pages.
Format extérieur: 16,5 x 24 cm

Pour ne parler que du 1er chapitre du catalogue Le Franc – les monnaies, les archives qui introduit le sujet, il s’étend sur 108 pages.

LE FRANC, LES MONNAIES, LES ARCHIVES

INTRODUCTION
1 LA GENÈSE D’UNE MONNAIE

1.1 Les bases

1.2 La fabrication des flans

1.2.1 Le moulage

1.2.2 Le laminage

1.2.3 Le découpage

1.2.4 L’ajustage

1.2.5 Le cordonnage

1.2.6 Finitions

1.3 La fabrication des coins

1.3.1 La taille directe

1.3.2 Le modelage et la réduction

1.3.3 La gravure pilotée par ordinateur

1.3.4 La démultiplication des coins

1.4 Le marquage des empreintes

1.4.1 Le marquage de la tranche avant 1830

1.4.2 Le marquage de la tranche après 1830

1.4.3 La frappe au balancier

1.4.4 Le mouton

1.4.5 La presse monétaire

1.5 Les contrôles

2 L’ ORGANISATION ET LES ACTEURS

2.1 L’ Administration des Monnaies

2.2 Le graveur général

2.3 Les artistes auteurs des types monétaires

2.4 Les ateliers de production et leurs directeurs

2.5 Les experts techniques

2.6 Le caissier, le bureau de change et les bureaux de Garantie

2.7 Les monnayeurs

3 VOCABULAIRE/GLOSSAIRE

3.1 Les bases

3.2 Pour aller plus loin

4 LES ÉTATS DE CONSERVATION

4.1 Les bases

4.1.1 Principes généraux des états de conservation des monnaies

4.1.2 Description des états de conservation

4.2 Pour aller plus loin

4.2.1 Les surfaces des monnaies d’or et d’argent

4.2.2 Principes généraux des états de conservation supérieurs

4.2.3 Les monnaies sous coques: avenir des états de conservation ?

5 GENÈSE DU LIVRE ET MODE D’EMPLOI

 

LA 5 FRANCS CAMELINAT
DANS L’OUVRAGE LE FRANC, LES MONNAIES, LES ARCHIVES

La pièce de 5 Francs Camélinat est une pièce très collectionnée car très chargée d’histoire. Sans être courante, elle n’est pas rare mais sa cote demeure relativement élevée du fait qu’elle est recherchée pour sa valeur historique.

Parmi toutes les pièces traitées dans notre ouvrage, c’est assurément celle à laquelle nous avons consacré le plus de temps de recherche, d’analyse et de rédaction. Il a fallu remettre à plat, en premier lieu, toutes les informations connues (certaines n’ayant été publiées que vers des audiences très restreintes), remonter aux sources de ces informations puis les compléter par de nouvelles informations inédites. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il n’est peut-être pas inutile de faire un petit rappel du contexte historique.

La guerre avec la Prusse, déclarée le 19 juillet 1870, voit la capture de Napoléon III, à Sedan, le 2 septembre 1870. Depuis l’Hôtel de Ville de Paris, Gambetta proclame, le 4 septembre 1870, la IIIe République.

Pour autant, la guerre continue. Un gouvernement de Défense nationale est constitué avec à sa tête le général Trochu et Gambetta en ministre de l’Intérieur. Paris est assiégée à partir du 18 septembre 1870. Le 7 octobre, Gambetta quitte Paris en ballon et tente de réorganiser la défense à partir de la province, depuis Tours puis Bordeaux. Le 18 janvier 1871, les princes allemands se rassemblent à Versailles et proclament Guillaume Ier de Prusse empereur du nouvel Empire allemand. La résistance de la ville de Paris touche à sa fin. Un armistice de trois semaines est signé le 28 janvier permettant de faire une élection de l’Assemblée nationale qui deviendra l’interlocuteur légitime pour les négociations avec l’Allemagne. Le thème de l’élection n’est pas le choix du nouveau régime (retour de l’empire, monarchie ou république) mais le maintien de la guerre ou la négociation de la paix. L’assemblée, élue le 8 février 1871, est majoritairement monarchiste et partisane de la paix.

Le 17 février 1871, Adolphe Thiers, ancien ministre de l’Intérieur de Louis-Philippe, est nommé chef du gouvernement. Thiers négocie avec Bismark les conditions de la paix. Les conditions très lourdes fixées par les Allemands, avec notamment une indemnité de guerre de 5 milliards de francs et la perte de l’Alsace et d’une partie de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges, sont ratifiées par l’Assemblée nationale le 1er mars. Les députés de ces régions plus tous ceux de Paris (dont Victor Hugo et Clémenceau) ont voté contre. Le traité définitif avec l’Allemagne sera signé le 10 mai 1871.

L’extrême gauche radicale, socialiste, internationaliste désavoue l’Assemblée et lui dénie toute légitimité. L’installation du gouvernement à Versailles et non à Paris, la nomination de bonapartistes à des postes clés tels que préfet de police et chef de la garde nationale, l’interdiction des journaux d’extrême gauche, sont autant de raisons supplémentaires qui exacerbent les tensions. L’insurrection éclate le 18 mars 1871 alors que Thiers décide de faire saisir les canons de la Garde nationale financés par les Parisiens. Le 26 mars, les insurgés font élire le Conseil général de la Commune, composé de 90 élus. Face à cette insurrection, le gouvernement monte une armée composée en partie de prisonniers de guerre libérés par les Allemands. Cette armée sera appelée la Versaillaise par les communards. Le 21 mai, les versaillais parviennent à entrer dans la ville par la porte de Saint-Cloud. Des combats de rue très violents, barricade par barricade, se dérouleront durant toute une semaine du 21 au 28 mai. Outre des exécutions d’otages, la Commune fit incendier plusieurs édifices symboles du pouvoir central : le palais des  Tuileries, l’Hôtel de Ville et le palais de Justice. Les hostilités s’achèvent par la défaite des insurgés au cimetière du Père-Lachaise le 28 mai 1871. Les pertes de ces combats sont de l’ordre du millier côté versaillais et dix fois plus côté communards. Les tribunaux militaires prononcent 270 condamnations à mort (dont 26 furent exécutées) et 7 500 déportations en Nouvelle-Calédonie. Le mouvement socialiste est décimé pendant près de dix ans.

Après ce bref rappel historique, plongeons-nous plus particulièrement dans l’histoire de la 5 Francs Camélinat. Le texte le plus riche sur les événements monétaires liés à cette pièce est incontestablement « Monnaies et Médailles à l’âge des révolutions » publié dans Moneta n° 23 en 2001 et rédigé par Jean Belaubre, ancien conservateur de la Monnaie de Paris. Ce texte repose pour beaucoup sur les archives du 19e Conseil de Guerre consultables au Service Historique de la Défense à Vincennes et notamment le rapport du 8 mai 1872 de l’instruction menée par le capitaine Lobert. Suite à cette instruction, Camélinat (en fuite), sera condamné par contumace, en juillet 1872, à une peine de déportation dans une enceinte fortifiée. Avant Jean Belaubre, personne n’avait exploité ces documents. Nous sommes allés dans ce service numériser l’ensemble des dossiers d’instruction de Zéphirin Camélinat, de son frère (Lin) ainsi que des autres communards ayant eu un rôle à la Monnaie de Paris (Lampérière, Perrachon, Murat, Garnier… ) et des témoignages d’acteurs officiels de la Monnaie de Paris tels que Bijon et Lupot notamment. Dans notre ouvrage, vous trouverez de larges extraits de ces documents permettant de bien comprendre le déroulement des faits et la tension qui était forte entre les communards et les quelques représentants de la Monnaie de Paris qui étaient restés présents. Rapport d’instruction du capitaine Lobert, 8 mai 1872 À la proclamation de la Commune du 18 mars 1871, plusieurs responsables de la Monnaie de Paris quittent leurs postes. D’autres restent, au moins dans un premier temps. Renouard de Bussières, le directeur de la fabrication de la Monnaie de Paris, part le 21 mars à Versailles. Son fondé de pouvoir, Bijon, restera jusqu’au 9 mai. Albert Désiré Barre, le graveur général, lui, part le 29 mars pour Jersey laissant Lupot, son contremaître, gérer la situation. La production des 5 Francs en argent se poursuit normalement (ainsi que celle de pièces égyptiennes en bronze) jusque début avril. La Commune prend alors possession de la Monnaie de Paris, le 4 avril, en installant Zéphirin Camélinat à sa tête, tenant à la fois la direction de l’Administration et de la production de la Monnaie de Paris.

Bijon et Lupot vont tout faire pour retarder le projet de Camélinat de frapper monnaies. Devant la menace, ils devront céder. Epuisé nerveusement, Bijon quittera son poste le 9 mai au soir. Il avait obtenu de Camélinat quelques jours auparavant qu’il n’utilisât pas les coins portant le différent de De Bussières (abeille) : « des coins furent tirés dans les ateliers à l’aide de poinçons de reproduction au type Hercule par M. Lupot contremaître du graveur général. M. Lupot s’était ingénié à trouver mille lenteurs pour lasser le nouveau directeur mais, il se résigna pourtant à le servir dans le but de sauver le dépôt précieux confié à sa seule garde et pour faire admettre un différent distinctif pour les pièces fabriquées par le directeur de la Commune. Le trident de Camélinat remplace l’abeille de De Bussières. » [ADEP_SSD/291 J1-11].

Par ailleurs, grâce à d’autres documents d’archives provenant de la Monnaie de Paris et conservés à Savigny-le-Temple, il est possible de retracer les commandes et fournitures de coins réalisées sous la direction de la Commune. Ces documents sont d’une part un courrier « justificatif » de Barre relatant les événements survenus dans son atelier durant la Commune [MEF-MACP, SAEF /S6-11] et d’autre part le registre [MEFMACP, SAEF /Y.Ms101] qui consigne les dates de tirage et de livraison des outils monétaires. Ainsi trois commandes de coins sont effectuées, dont seules les deux premières seront servies :

• commande du 05/05/1871 de 6 paires de coins et de 6 viroles de 5 Francs qui seront livrées le 9 mai à l’exception d’un coin de revers qui a péri ;

• commande du 11/05/1871 de 4 coins de tête et 6 de revers de 5 Francs qui seront livrés le 20 mai ;

• commande du 15/05/1871 de 6 paires de coins de 10 Centimes et 6 de 5 Centimes qui ne sera pas livrée.

Les délivrances, elles, ne sont pas consignées dans le registre habituel de l’année 1871 [MEF-MACP, SAEF /X.Ms64]. Néanmoins, on dispose des informations détaillées de ces délivrances grâce au registre [MEF-MACP, SAEF/X.Ms559] qui collecte les procès-verbaux de délivrances.

Dans ce registre sont consignées 15 délivrances faites par les agents de la Commune entre le 11 et le 23 mai 1871. Néanmoins le rapport d’instruction du Conseil de guerre relate bien une autre fabrication ayant eu lieu le 24 mai 1871 au matin : « On atteignit ainsi la matinée du 24 mai… L’armée avançait. Les insurgés fabriquaient avec une ardeur toujours croissante. On avait amené un fourgon. Au fur et à mesure de la fabrication, on chargeait par manne de pièces de 5 francs…18 mannes pleines contenant 4 000 francs chacune et une 19e incomplète furent successivement portées au fourgon. De plus, 80 000 francs en 8 sacs de 10 000 F furent aussi chargés. La somme totale peut s’élever à 153 000 francs environ. Camélinat et Lampérière payèrent les employés. La crainte augmentait à chaque instant chez eux, car les balles arrivaient dans la cour de l’Hôtel. Le fourgon sortit par la rue Guénégaud. Tous les fédérés, sous le commandement de Pinteau, formaient l’escorte. Camélinat et Lamperière suivaient dans une voiture de place. On prit la direction des quais pour gagner la mairie du 11e arrondissement. À partir de ce moment, l’instruction ne pourrait présenter que des suppositions sur l’emploi qui a été fait de ces 153 000 francs. » [ADEP_SSD/291 J1-11]. Deux éléments troublants confortent ces frappes du 24 mai matin. Si on réexamine le registre des procès-verbaux de délivrance [MEF-MACP, SAEF/X.Ms.559], la dernière délivrance consignée sous la direction de la Commune est la n° 15 du 23 mai 1871. La page suivante correspond à une délivrance de 10 Centimes effectuée le 22 juin 1871. La délivrance suivante de 5 Francs n’a lieu que le 8 juillet 1871 et porte le numéro 17 et non le 16 !

Il existe un autre registre [MEF-MACP, SAEF/X.Ms.440] qui, lui, consigne le détail des jugements (du titre et du poids) préalables aux délivrances. On y retrouve les 15 premières brèves de la Commune et on voit nettement que la page suivante a été arrachée !

Tout porte à croire que la brève n° 16 consigne bien cette production du 24 mai et que l’on a tout fait pour cacher son existence ! Mais pourquoi cette délivrance et pas les autres ?

Dans un article paru dans le journal Le Socialiste le 15 mars 1908, Camélinat relate lui-même le déroulement de la nuit du 23 mai et la journée du 24 mai 1871. On peut y lire de sa plume : « Dès le matin la frappe recommença ; la veille le citoyen Murat, chef de la fabrication, avait terminé de monter sur une presse le nouveau coin portant en exergue « TRAVAIL, GARANTIE NATIONALE ». Ce fut principalement de la frappe à cette presse que l’on s’occupa et le travail continua sans arrêt pendant toute la matinée. »

Cette brève ne pouvait être ainsi gênante que du fait de sa légende sur la tranche « TRAVAIL GARANTIE NATIONALE » au lieu de celle traditionnelle de « DIEU PROTEGE LA FRANCE ». Néanmoins, pour que cette tranche ait pu exister, il a fallu qu’une nouvelle virole fût faite. Le registre [MEF-MACP, SAEF/Y.Ms101], outre les livraisons de coins et viroles, indique les tirages effectués de ces ustensiles.

Selon ce registre, aucune virole n’a été tirée sous la Commune et les six qui ont été livrées le 9 mai n’ont pu l’être que depuis le stock existant, donc avec la légende « DIEU PROTEGE LA FRANCE »… Toutefois, grâce au registre [MEF-MACP, SAEF/S6-11] qui collecte une copie de la correspondance des Barre, copie obtenue par Jean Belaubre, alors qu’il était conservateur à la Monnaie de Paris, auprès d’Henri Regnoul descendant des graveurs Barre, nous disposons d’une lettre clé qui nous éclaire sur l’existence d’une nouvelle virole. Cette lettre est un rapport de Barre au directeur de l’Administration des monnaies sur les faits qui se sont produits dans son service durant la Commune. On y apprend que le 9 mai, Camélinat convoque Lupot : « … on voulait changer la légende de la virole brisée. « Dieu, dit le Citoyen délégué, à supposer qu’il existe, ne protège pas du tout la France ; la tranche des pièces de 5 F portera à l’avenir : Garantie nationale. Travail – Prenez vos mesures en conséquence.

Les grands citoyens de la commune ignoraient que la légende inscrite sur nos monnaies est une invocation et non une affirmation. Quoiqu’il en soit [N.D.A. : texte raturé par Barre] Mr Lupot fit observer que la gravure d’une virole-matrice et du galet de reproduction ne demandait pas moins de 2 mois – Il lui fut enjoint de s’y mettre d’urgence (cf. la commande ci-incluse). Une virole matrice frappée tant bien que mal était prête le 15 mai, elle fut trempée en présence du contrôleur, mais trempée de manière à provoquer une déformation. Mr Lupot se récria sur la mauvaise nature des aciers, annonça qu’il allait recommencer son travail et atteignit ainsi, sans rien terminer, le jour de la délivrance [N.D.A. : reprise de Paris par les versaillais]. »

Par ailleurs, une copie conforme de la commande signée du 10 mai de cette nouvelle virole se situe dans le dossier d’instruction de Camélinat [DEF/Conseil19_528_421]. Beaucoup mieux, nous avons trouvé, document jusqu’alors inédit, la demande originelle de virole à la nouvelle tranche signée par Camélinat. Elle était dans le dossier des archives privées d’Albert Marcotte (directeur de la Monnaie qui s’était enfuit au moment des événements de la Commune). Contrairement à la copie figurant dans le document d’instruction, ce n’est pas une virole qui avait été demandée le 10 mai mais six !

La Monnaie de Paris a acquis entre 1974 et 1978 le fonds d’atelier de la dynastie des graveurs Barre. Parmi ce fonds, un certain nombre d’outillages monétaires avaient été classés trop rapidement en « non identifiés ». Ce n’est qu’assez récemment que Jean-Luc Desnier, alors conservateur à la Monnaie de Paris, a pu y trouver une virole brisée portant l’inscription : « TRAVAIL***/**GARANTIE/ NATIONALE* » ! Il publia en 2006 un article sur cette virole dans [BCEN/Vol 43, n° 2,2006]. Il convient ici de réparer l’omission faite dans notre ouvrage de la collaboration de Jacky Jeusset à l’article de M. Desnier. C’est en effet Jacky Jeusset, en sa qualité de technicien en  réalisation d’outillages monétaires de la Monnaie de Paris, qui effectua l’analyse technique de la virole.

Il y montre clairement que cette virole a été faite de manière très imparfaite et qu’elle présente de très nombreux défauts la rendant inutilisable. Cela pourrait bien corroborer la version de Lupot qui aurait saboté ce travail, à cette nuance près qu’ici le sabotage de cette virole n’est pas lié à la trempe ! En effet, cette virole brisée ne semble pas avoir été trempée. Cette virole est en acier brut et son aspect plaide pour une absence de trempe.

Grâce à Dominique Antérion, chargé de conservation du patrimoine à la Monnaie de Paris, nous avons pu avoir accès à cette virole ainsi qu’à une très belle reproduction photographique, que nous avons été autorisés à inclure dans notre ouvrage (cf page 638).

Les quelques taches de corrosion sont à associer à l’âge de cet outillage, mais sa conservation reste toutefois exemplaire. Elle ne porte aucune trace de montage, ce qui indique qu’elle n’a jamais servi. Par ailleurs, les gravures ne semblent clairement pas terminées. Sur chacune des parties certains caractères ne sont pas du tout enfoncés, au point d’être pratiquement illisibles.

On peut noter aussi que dans la légende TRAVAIL GARANTIE NATIONALE, le « V » est constitué par un A à l’envers : A. Et pour cause, le « V » est en effet le seul caractère de cette légende absent de la liste des poinçons disponibles (ceux permettant d’insculper la légende « DIEU PROTEGE LA FRANCE »). Enfin, le dernier point qui interpelle est la géométrie des trois éléments de la virole. En ajuster correctement deux à partir du détrompeur est très simple. En revanche, le troisième élément est alors impossible à ajuster pour former au centre un cercle correspondant à la monnaie : son rayon de courbure interne est différent des deux autres.

Faire servir une telle virole aurait très rapidement causé de lourds dégâts. Reste la question de savoir combien de monnaies ont été frappées le 24 mai au matin ? Selon Camélinat, dans la même lettre, il indique : « Il fut frappé pour 50 000 francs de pièces, au même type de 1848, portant sur la tranche : Travail, Garantie Nationale. »

Il décompose les 153 000 francs escortés à la mairie du XIe le 24 mai comme suit : « il restait à la Monnaie – les autres ayant été envoyées au ministère des finances – 153 000 francs – soit 103 000 francs avec la légende : Dieu protège la France, et 50 000 francs avec : Travail, Garantie Nationale. Ces derniers 50 000 francs venaient d’être frappés. »

Durant l’instruction du Conseil de guerre, la déposition de Lampérière, délégué communard au monnayage, est conforme pour le total de 153 000 francs en pièces de 5 Francs emportées le 24 mai à la mairie du XIe. Mais il indique une autre répartition : 73 000 francs produits le 24 et 80 000 francs de productions précédentes récupérées au bureau de change. Les  témoignages de Jouveneaux (concierge) et Salomon (garde-magasin) indiquent une somme produite de 71 000 francs assez proche de celle de Lampérière. Ces chiffres ne sont pas forcément incohérents avec les 10 000 pièces annoncées par Camélinat dans le journal Le Socialiste le 15 mars 1908 car il avait indiqué « Ce fut principalement de la frappe à cette presse [celle où la nouvelle virole était montée] que l’on s’occupa et le travail  continua sans arrêt pendant toute la matinée ». Ce qui laisse la possibilité d’une frappe en parallèle avec l’ancienne virole sur une autre presse. Pour être complet sur le sujet, on note dans le dossier d’instruction qu’il aurait été fait, sous Camélinat, pour 1 282 050 francs, ce qui représente un chiffre de 256 410 pièces de 5 Francs et par différentiel une délivrance du 24 mai qui aurait été de 14 730 pièces soit 73 650 francs. Dans tous les cas, nous pouvons retenir une fourchette entre 10 000 et 14 730 pièces de 5 Francs pour cette production du 24 mai.

Dans la lettre à Vuillaume, Camélinat annonce que la production des 5 Francs sous sa direction fut de 2 400 000 francs soit 480 000 pièces. Ce chiffre est quasiment le double de celui porté dans le registre [MEF-MACP,  SAEF/X.Ms559]. Cela est-il possible ?

Certains avancent que Camélinat aurait tenu deux comptabilités différentes : une officielle pour les frappes issues des lingots fournis par la Banque de France et une autre officieuse pour les frappes issues de l’argenterie pillée par les Communards dans l’hôtel de ville, les ministères, les églises… Dans le rapport d’instruction du Conseil de guerre, nous disposons d’informations essentielles, liées aux dépositions de Huguet et Bijon, sur les apports de matière d’une part tout au long du directorat de Camélinat et sur l’état de l’inventaire des matières restantes à la Monnaie de Paris à l’issue de la Commune [Voir retranscription dans notre ouvrage page 632]. Il y aurait eu ainsi 7,428021 tonnes d’argent en apport dont 2,044969 tonnes ont été retrouvées en stock, ce qui donne une utilisation de 5,383052 tonnes. Cela représente 239 247 pièces au titre de 900 millièmes.

On est donc très loin du chiffre de Camélinat et très proche des 256 410 officiels. Pour autant, ce chiffre inclut bien l’utilisation des matières issues des pillages et ce pour un total de 2 708,016 kilogrammes. Nous avons trouvé une nouvelle source d’informations inédites aux archives de la Monnaie de Paris constituée par le registre [MEF-MACP, SAEF/Y.Ms122] qui détaille les saisies effectuées par la Commune, jusqu’à la petite cuillère en argent, provenant : de l’hôtel des Invalides, des Tuileries, de la Grande chancellerie, de l’École militaire, du séminaire des Jésuites, du couvent des Pères de la Miséricorde, du curé de Saint Eloi, de l’archevêché du Maréchal Bazaine, des ministères de la Marine, des Travaux publics, de la Guerre, des Finances, des Affaires étrangères, du Commerce, de l’Instruction publique et de l’Intérieur, etc.

Pour une grande partie des saisies figurent des estimations en poids et en francs qui donnent un total de 2,130 tonnes et 429 156 francs. Le reste des saisies semble cohérent pour rejoindre le total des 2,7 tonnes figurant dans le dossier d’instruction.

On est donc très loin des 8,1 tonnes de saisies qu’il aurait fallu pour permettre la production des 480 000 pièces annoncées par Camélinat. La dernière livraison de lingots d’argent par la Banque de France, effectuée le 15 mai, n’a pas été soldée le 19 mai (qui correspond au délai de 4 jours négocié entre Camélinat et le sous-gouverneur de la Banque de France, de Ploeuc) et ne le sera pas. Il faut dire que, le 21 mai, l’armée régulière (appelée les versaillais) est entrée dans Paris par la Porte de Saint-Cloud ouvrant le début de la « semaine sanglante », 21-28 mai 1871.

Dès lors, on peut comprendre que l’objectif prioritaire n’est plus de respecter les engagements mais de fournir la production monétaire aux besoins de la Commune. Pour autant, le registre de délivrances [MEF-MACP, SAEF/X.Ms559] est correctement et officiellement rempli. Cela contredit l’hypothèse d’une double comptabilité. De plus, dans le stock retrouvé à la Monnaie de Paris, il y avait 8,975 kg de pièces rebutées. Ce poids correspond à 359 pièces de 25 grammes. Or, si on somme les rebuts présents dans les procès-verbaux des délivrances n° 12 à 15, du 19 mai au 23 mai inclus, on tombe exactement sur ce chiffre ! La production du 24 mai matin étant faite dans l’urgence, les tris n’ont pas pu être effectués, le fourgon attendait pour partir à la mairie du XIe arrondissement.

Mais s’il y avait eu, au cours des derniers jours, des frappes non officielles, en parallèle, elles auraient subi les mêmes filtres de qualités que Camélinat s’est targué d’avoir respectés tout au long de son directorat. Et de fait, la présence des rebuts aurait été constatée dans ce total…

Tout porte à croire que le chiffre réel de pièces délivrées est bien de 241 680 jusqu’au 23 mai auquel s’ajoutent 10 000 à 14 730 produites le 24 mai au matin. Que sont devenues ces pièces ?

Tout d’abord, les pièces issues des lingots de la Banque de France et remises en retour à la banque, ont été, selon l’état de Huguet figurant dans le dossier d’instruction, d’une somme équivalente à 828 337,66 francs (1 023 850 frs 2c moins les bons non soldés de 195 512 frs 36 c), soit un équivalent de
165 667 pièces environ.

Le 28 août 1871, le ministre des Finances répond au directeur de la Monnaie au sujet de la refonte de ces pièces : « Monsieur le Directeur, vous annoncez que les agents de la Commune ont fabriqué et émis une somme de 1 282 050 francs en pièces d’argent de 5 francs dont une partie, soit 8 à 900 000 francs se trouvent encore à la Banque de France. Ces pièces ayant été frappées en dehors de tout contrôle et sans avoir subi pour la plupart l’essai préalable, vous estimez qu’il y a lieu de les refondre.

En ce qui concerne les monnaies de l’espèce qui sont conservées à la Banque, la mesure que vous proposez ne soulève aucune objection et j’y donne mon assentiment. Il n’en est pas de même des pièces de la Commune qui sont entrées en circulation ; leur retrait constituerait une opération longue, assez difficile, et à laquelle il ne convient de recourir qu’au cas d’une nécessité reconnue, c’est-à-dire, s’il était constaté à la suite d’essais multipliés que ces monnaies sont d’une valeur inférieure à la valeur légale. » [MEF-MACP, SAEF/X.Ms217]. Si la fonte a bien eu lieu, cela donnerait en circulation untotal de 76 013 pièces de 5 Francs (hormis, la dernière délivrance,  du 24 mai, de 14 730 pièces, supposée être potentiellement
à la nouvelle virole).

La 5 Francs Camélinat n’est pas rare et se trouve plus facilement que ne le laisserait supposer un chiffre de 76 013 voire de 90 743 exemplaires, si on inclut la délivrance suspectée être à la nouvelle tranche. Pour expliquer cela, on peut bien sûr douter du fait que la fonte des pièces détenues à la Banque de France ait eu lieu en totalité. Mais une autre explication nous paraît possible.

Cette pièce a été collectionnée alors qu’elle était encore en circulation, lui octroyant une valeur et par là même une attention particulière. On trouve ainsi des articles de presse encourageant les lecteurs à les rechercher. Cela peut expliquer facilement son taux de survivance nettement supérieur à celles des autres.

En revanche, l’existence de la 5 Francs Camélinat avec la tranche « TRAVAIL – GARANTIE NATIONALE » interpelle. Avec un chiffre de 10 000 à 14 730 monnaies, il est impossible qu’on ne l’ait pas retrouvée à plusieurs exemplaires, d’autant plus avec le taux de survivance augmenté par l’effet des collectionneurs que l’on vient d’évoquer.

Frédéric Droulers, dans son article [N&C n° 294,p. 25], évoque que deux exemplaires auraient été remis en 1957 au Carnavalet, puis subtilisés et, qu’un exemplaire aurait été en vente en 1973 au Crédit de la Bourse. A ce stade, cela reste des rumeurs et non des faits. De son côté Jean Belaubre a établi que le trajet entre la Monnaie de Paris et la Mairie du XIe aurait duré 5 heures, ce qui, malgré le contexte et les barricades, lui paraît excessif. Il envisage donc que Camélinat a eu le temps de faire un détour et de déposer une partie de la cargaison (celle à la nouvelle tranche) pour la mettre à l’abri. Celle-ci aurait servi ensuite de « monnaie d’échange » avec les autorités pour faciliter notamment sa fuite (passeport pour l’Angleterre) voire celle de Perrachon (Bruxelles), pour obtenir des condamnations clémentes pour Lampérière et son frère Lin Camélinat (seulement à 13 mois de prison), et aucune condamnation pour Garnier et Murat.

Certes ce scénario est très romanesque mais pas complètement impossible. D’autres scénarios peuvent être imaginés et notamment celui d’une frappe en nouvelle virole qui aurait bien eu lieu le 24 mai mais qui aurait été très vite arrêtée par un défaut présent (Lupot faisant tout son possible pour saboter l’idée de la nouvelle virole a très bien pu réussir quand bien même celle-ci aurait passé l’épreuve de la trempe). Le nombre d’exemplaires ainsi frappés pourrait alors être très faible…

Quoi qu’il en soit, il nous a paru important d’introduire une ligne correspondant à cette pièce dans le tableau du type (sans cote). Cela  poussera les collectionneurs qui ne l’ont pas encore fait à examiner les tranches. On ne trouve en général que ce que l’on cherche… Nos recherches nous ont poussés vers d’autres sources d’information : les archives départementales de Seine-Saint-Denis où sont situées les archives du parti communiste français et notamment un dossier sur Camélinat et les archives nationales à Pierrefitte où se trouvent les archives personnelles d’Alexandre de Ploeuc, sous-gouverneur de la Banque de France, qui fut l’interlocuteur des communards notamment pour la livraison des lingots d’argent.

Ces sources se sont révélées infructueuses mais nous ne voulions pas écarter a priori ces pistes potentielles. Le travail effectué autour de cette pièce de Camélinat a été un des plus passionnants à mener dans le cadre de notre ouvrage, LES FRANC, LES MONNAIES, LES ARCHIVES. A défaut d’en ressortir avec une certitude sur l’existence ou l’absence de la 5 Francs avec tranche, Travail, Garantie Nationale, le lecteur peut désormais en apprécier le degré de plausibilité grâce à un panorama complet des éléments disponibles. Par ailleurs, le mystère créé autour du chiffre de production globale et de la survivance de cette pièce a pu être éclairé. Enfin, le collectionneur spécialisé peut désormais aller au-delà de la recherche de la variante dite avec date espacée et tenter de rassembler les différentes variantes de coins utilisées. Il connait enfin les nombres maximaux employés possibles : 10 coins d’avers et 11 de revers.

Le Franc – les monnaies, les archives avec l’aimable autorisation de Philippe THÉRET.

 

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