LA TRANCHE

Découvrez une série d’articles d’un de nos clients numismate qui est un collectionneur passionné par la numismatique.

Une pièce de monnaie n’est pas seulement composée de ses deux faces, l’avers et le revers. Il y a aussi la tranche. Comme l’espace disponible pour inscrire des informations sur  une monnaie est limité, cette tranche a souvent été utilisée et cela de multiples façons.

Il y a cependant plusieurs manières de ne rien inscrire sur la tranche d’une monnaie et nous allons en faire un inventaire nécessairement non exhaustif.

  • La tranche lisse. Prenons par exemple la pièce de 10 kyats émise par l’État de Myanmar (anciennement la Birmanie) en 1999 :
piece de monnaie

L’avers représente un « chinthe », sorte de lion présent sous forme de statue à l’entrée des temples birmans. La date 1999 est écrite dans l’alphabet birman : 1999. Le revers est consacré à l’écriture de différentes informations en caractères latins. Comme on le voit, la tranche est lisse.

  • La tranche striée. Elle est très courante. On réalise ces stries au moment de la frappe : le flan s’écrase un peu dans le logement où il est placé et vient prendre la forme des stries que celui-ci comporte sur son bord. Prenons l’exemple de la pièce de 1 shilling émise pour la Gambie en 1966 :
piece de monnaie avec tranche

Après avoir été une colonie britannique, la Gambie a acquis son indépendance en 1965. Elle est, depuis cette date, une république membre du Commonwealth. Cela explique la présence de la Queen sur l’avers de cette pièce qui est une des premières à avoir été frappées par ce pays après son indépendance. Néanmoins, sa monnaie est encore la livre. La Gambie ne se dotera d’une monnaie propre (le dalasi) qu’en 1971. Le revers nous transporte loin au sud de Londres en nous montrant un magnifique palmier. La tranche est, comme on le voit, striée.

 

Mais, dès lors que la tranche d’une monnaie n’est pas lisse et que des motifs y apparaissent, des variations peuvent voir le jour. Ainsi, certaines pièces du même pays, de la même valeur et de la même date, peuvent différer par la grosseur des stries. Voyons, par exemple, les pièces de 10 aurar émises par l’Islande en 1969 :

piece de monnaie numismatique

Les deux monnaies sont ici présentées côte à côte. On voit, à l’allure du listel que celle qui a les plus grosses stries est à droite. En bas et à droite, l’aspect des deux tranches montre bien la différence entre les deux systèmes de stries. On a montré ici un détail de l’avers d’une des deux pièces : c’est le drapeau islandais dans une représentation gravée verticale. Les rayures respectent les codes héraldiques : horizontales pour le bleu (azur) et verticales pour le rouge (de gueules).

 

Il est également possible de ne pas strier continûment la tranche d’une pièce et d’y graver des séries de stries. C’est le cas de la pièce de 100 escudos émise par le Portugal en 1990 :

piece de monnaie Portugal avec tranche

L’avers nous montre le profil en buste de Pedro Nunes (1502 – 1578), mathématicien et cartographe portugais. Il est toujours représenté avec une sphère armillaire dans ses mains et non un ballon de basket-ball comme on pourrait le croire. L’anneau en cupronickel porte l’inscription « Europa », le Portugal ayant adhéré à la Communauté Économique Européenne en 1986, cela se comprend. Le revers, représentant le blason du Portugal,  est juste informatif. On remarque que la tranche est striée à l’aide de plusieurs séries de stries. Pour cette pièce, il y a six séries de 11 stries.

 

Mais pour cette même pièce de la même année, il existe une version dont la tranche contient cinq séries de douze stries. Voyons ci-dessous un comparatif des deux tranches :

Tranche piece de monnaie

La pièce située audessus a sur sa tranche cinq séries de douze stries et celle du bas six séries de onze stries. On voit clairement que l’intervalle entre deux séries est plus grand pour la pièce qui n’en compte que cinq.

 

  • La tranche cannelée. Lorsque la largeur des stries devient trop importante et surtout lorsque ces stries n’occupent que le milieu de la tranche, on dit qu’elle est cannelée. Un bon exemple de tranche cannelée est celle que l’on trouvait sur les pièces de 2 francs français émises de 1977 à 2001. Certaines années, la pièce émise était « commémorative circulante » comme ce fut le cas en 1995 :
2 francs Pasteur tranche

La pièce est circulaire, mais son listel est intérieurement octogonal. L’avers montre le fier visage de notre savant national, Louis Pasteur, sa date de naissance (1822) et celle de sa mort (1895), ce qui justifie l’émission d’une pièce commémorative en 1995. On distingue également un bâtiment qui représente l’Institut Pasteur, toujours en activité. Louis Pasteur est connu pour avoir mis au point le vaccin contre la rage, mais ce n’est pas sa seule contribution à la science. Chimiste avant d’être biologiste, il découvrit la chiralité (c’est-à-dire l’asymétrie) de certaines molécules organiques comme celles de l’acide tartrique. Il s’est également impliqué dans la négation de la génération spontanée, thèse soutenue par Félix-Archimède Pouchet, en 1859. Le revers nous montre quelques instruments de chimie et de biologie mêlés aux informations monétaires indispensables. Comme on le voit, les « stries » de la tranche sont assez larges et ressemblent à des sortes de petites dents : ce sont des cannelures.

 

  • La tranche aux cannelures obliques. Certaines monnaies quelque peu anciennes montrent d’autres sortes de tranches que celles que l’on trouve couramment de nos jours. Il y a ainsi, par exemple, les pièces montrant des cannelures obliques. Une pièce émise pour circuler dans les colonies françaises nous permettra de le constater :
Piece de Charles X tranche

De telles monnaies furent émises entre 1825 et 1844. Les pièces datées de 1825 furent expédiées au Sénégal et à Cayenne, celles qui portent la date 1827 étaient destinées à la Guadeloupe et à la Martinique, et enfin les millésimes allant de 1828 à 1830 étaient de nouveau destinées à Cayenne. Ensuite, de nouvelles pièces furent frappées sous Louis-Philippe : en 1839 et 1841, elles furent destinées à la Guadeloupe et celles où sont inscrites les dates 1843 et 1844 partirent aux Îles Marquises. On voit bien, sur cette monnaie possiblement sénégalaise ou guyanaise, les cannelures obliques qui ornent sa tranche. Elles sont, de plus, en creux et de forme lenticulaire.

 

  • La tranche chevronnée. Certaines des pièces émises par la première république française ont une tranche chevronnée. Voyons, par exemple, une pièce de 5 centimes émise en l’an VIII du calendrier républicain. Cet an allait du 23 septembre 1799 au 22 septembre 1800 :

 

La pièce ici montrée n’étant pas de très bonne qualité (B en termes numismatiques), les détails de son avers représentant la République sont presque complètement effacés. La valeur faciale, la date, les différents et la marque d’atelier sont en revanche lisibles. On notera que, bien qu’en règle générale, les années du calendrier républicain doivent être écrites en chiffres romains, l’an VIII est ici écrit sous la forme « L’AN 8 ». La marque d’atelier « AA » correspond à l’atelier de frappe de Metz. On voit nettement sur l’image de droite les chevrons qui ornent la tranche de cette monnaie.

 

  • La tranche réticulée. Si l’on observe attentivement les monnaies émises par un même pays au cours du temps, on constate qu’assez souvent leur module décroît. C’est vraisemblablement dû à l’inflation se développant dans les économies des pays concernés. Le coût du métal servant à les frapper augmentant, l’une des solutions permettant d’émettre une monnaie de valeur faciale fixe est de diminuer sa taille régulièrement. Ainsi à l’inverse, en remontant le temps, on rencontre pafois des monnaies de dimension impressionnante. C’est le cas des pièces de 5 kopecks de l’Empire Russe. Celles qui ont été émises au XVIIIème siècle devaient peser lourd dans la poche de leur heureux propriétaire. Avec 42 mm de diamètre et 4 mm d’épaisseur, étant constituées de cuivre, elles pesaient environ 52 g :

 

Le monogramme de la reine Catherine II de Russie apparaît sur l’avers de cette pièce. L’aigle symbolisant l’Empire Russe occupe toute la place du revers où l’on peut lire la valeur faciale écrite en toutes lettres sur le ruban qui s’étale sous lui : « ПЯТЬ ∙ КОПѢЕКЪ » . La tranche est comme poinçonnée d’une série de petits losanges régulièrement disposés : on dit qu’elle est réticulée.

 

 

  • La tranche de sécurité. Très en vogue chez les anglo-saxons et les pays ayant connu le joug britannique, la tranche de sécurité est généralement striée et creusée d’un canal central où figurent différents motifs comme, par exemple, des perles. On trouve de telles tranches sur certaines pièces de Hong-Kong, d’Inde ou des zones africaines ayant été sous domination britannique. Voyons la pièce de 2 shillings émise par la Grande-Bretagne dans la partie de son empire nommée « British West Africa » et qui regroupait la Gambie, la Sierra Leone, le Ghana et le Nigeria, quatre terres séparées les unes des autres par des « possessions » françaises :
Piece de Georges VI tranche

Comme cette pièce a été frappée en 1938, c’est Georges VI qui nous montre son profil. Il a tout ce qu’il faut par la grâce de dieu (D.G.), roi de tous les Britanniques et empereur des Indes. C’est écrit sur l’avers en abrégé car il n’y a pas assez de place pour expliquer sur quoi il règne en totalité. Le revers nous replace bien au sud de l’Europe avec le sempiternel palmier qui n’a rien à voir avec la végétation des Îles Britanniques. Comme on le voit, la tranche est striée et creusée en son milieu. Deux séries de 17 perles séparées par des traits obliques y sont incrustées, rendant difficile la contrefaçon… d’où l’expression « tranche de sécurité ».

 

  • Tranche lisse portant une inscription. Évidemment la tentation a été grande d’écrire quelque chose sur la tranche des monnaies. Pourquoi s’en priver alors que l’on savait déjà y graver des stries ? Pourquoi pas des lettres ? Prenons quelques exemples :

 

  • La pièce de 50 kopeek de 1922 (RSFSR). C’est l’une des plus belles monnaies que je possède :
Piece de monnaie russe tranche

On peut voir sur l’avers l’emblème de la République socialiste fédérative soviétique de Russie (Р.С.Ф.С.Р.) sous la forme bien connue d’une faucille et d’un marteau symbolisant l’alliance des travailleurs agricoles et de ceux de l’industrie. L’ordre impératif « travailleurs de tous pays unissez vous ! » est également inscrit (ПРОЛЕТАРИИ ВСЕХ СТРАН, СОЕДИНЯИТЕСЬ !). Le revers arbore l’étoile à cinq branches qui caractérise les mouvements communistes ainsi que la valeur faciale et l’année d’émission : 1922. Il s’agit-là d’une des premières monnaies émises par la Russie soviétique (les toutes premières datant de 1921). La tranche est lisse et porte des inscriptions : ЧИСТОГО СЕРЕБРА 2 ЗОЛОТНИКА 10,5 ДОЛЕЙ (П.Л). Cela signifie : Argent massif 2 Zolotnik 10,5 Dolia. Le Zolotnik et la Dolia sont des unités de masse qui valent respectivement 4,266 grammes et 44,5 milligrammes.  La masse correspondante est alors de 9 grammes. Comme la masse de la pièce est de 10 grammes, le titre en argent est donc de 900 ‰. П.Л (P.L) sont les initiales de Peter Vasilievich Latyshev qui était le chef de l’atelier de frappe de Petrograd en 1922.

 

  • Dès lors que l’on écrit quelque chose sur la tranche d’une monnaie se pose la question de l’orientation dans laquelle cette inscription est faite. S’il y a un seul sens de lecture, celui-ci peut être tel que l’on peut lire la tranche en positionnant l’avers vers le haut ou, inversement, vers le bas. Cela a pour conséquence qu’une même monnaie peut avoir deux versions : lecture de la tranche avers en haut (ce que j’appelle le type A) ou lecture de la tranche avers en bas (ce que j’appelle le type B). Prenons l’exemple des pièces de 1 Gulden émises par les Pays-Bas. On peut lire sur leur tranche la devise de ce pays : God zij med ons », ce qui signifie modestement : « Que Dieu soit avec nous ». Entre parenthèses, ce n’est pas très gentil pour les autres, mais c’est bien ce qui est écrit.
Piece de monnaie 1 gulden tranche

L’avers nous montre le profil de la reine Juliana. Née en 1909, elle régna de 1948 à 1980, date à laquelle elle abdiqua au profit de sa fille Beatrix. Elle mourut en 2004. On voit, sur le revers, le blason des Pays-Bas surmonté d’une couronne. L’année, le nom du pays ainsi que la valeur de cette monnaie sont indiqués sur cette même face. On voit également deux petits dessins. Un petit poisson représente le maître graveur, auteur de cette pièce, J.W.A. Van Hengel. Et un caducée qui représente l’atelier de frappe d’Utrecht. Les deux pièces accolées figurant sur la droite de l’image sont deux pièces datant de 1955 et placées de telle sorte que leurs avers soient dirigés vers le haut. Le mot « god » se trouve écrit à l’endroit pour la pièce de type A et à l’envers pour la pièce de type B.

 

  • Tranche striée portant une inscription. Le cas ne pouvait pas manquer de se présenter. On peut citer les pièces de 1 livre anglaise (1 pound) ou encore celles de 5 roupies sri lankaises, mais nous prendrons pour exemple la pièce de 100 tenge du Kazakhstan émise entre 2002 et 2007.
Piece de monnaie bimetallique tranche

La pièce est composée de façon assez classique : un avers portant les symboles nationaux et un revers nous informant de sa valeur faciale. La tranche est striée et porte l’inscription : * ЖҮЗ ТЕҢГЕ * СТО ТЕНГЕ *, ce qui signifie 100 tenge en kazakh et en russe, le tout étant écrit en caractères cyrilliques.

 

  • Tranche de sécurité portant une inscription. C’est un autre cas. La rainure de la tranche de sécurité laisse la place à des lettres qui pourraient y être inscrites. Le cas se présente avec les pièces de 5 dollars hongkongais émises entre 1993 et 2007.
Piece de monnaie 5 dollars tranche

L’avers de cette pièce peut paraître bien anodin. Le nom Hong Kong est certes écrit en caractères latins et en chinois. La fleur qui est montrée est celle d’un arbre, le bauhinia blakeana, qui ne vit qu’à Hong Kong et en est devenu l’emblème. Sur le revers on nous informe qu’on est en possession d’une pièce de 5 dollars hongkongais. La même information est écrite en chinois, mais le signe « 5 » n’est pas celui du chinois ordinaire (五) : c’est celui du chinois dit « financier » (伍). Le signe qui spécifie qu’il s’agit de « Dollars » (圓) est le même qui, en Chine, signifie « yuan » (圓), les deux idéogrammes précédents ayant été copiés de pages concernant cette pièce et celle de 1 yuan chinois. Tout veut tout dire apparemment. L’année, 1997, est celle de la rétrocession de ce territoire à la Chine par le Royaume-Uni, omniprésent aux quatre coins du Monde. Depuis, le statut de ce territoire évolue lentement vers une plus grande intégration au grand pays maître, malgré les vives oppositions locales. La tranche porte l’inscription : « HONG KONG FIVE DOLLARS 香 港 伍 圓 ». Cependant, les lettres et idéogrammes sont écrits en enfilade les uns derrière les autres, orientés dans le sens de la tranche. Cela permet, pour cette raison, deux sens d’écriture illustrés sur la partie droite de l’image où deux pièces datant de 1997 et placées de telle sorte que leurs deux avers soient orientés vers le haut. Pour celle du dessus, l’écriture se déroule dans le sens dit « trigonométrique » ou « anti-horaire », tandis que pour celle du dessous, le sens de l’écriture est « horaire » ou, plus simplement « celui des aiguille d’une montre ». Encore deux types de pièces, respectivement « A » et « B ».

 

 

  • Tranche portant des motifs décoratifs. Certaines pièces ont des tranches décorées de motifs ornementaux. Prenons l’exemple des pièces de 1 Deutsche Mark :
Piece de monnaie allemagne tranche

Fierté du peuple allemand, cette monnaie a été abandonnée pour laisser la place à l’euro. La pièce montrée ci-dessus est l’une des dernières à avoir été frappées par ce pays. La lettre J visible sur l’avers indique qu’elle a été frappée à Hambourg. Le tirage de l’année 2001 a été très faible : 130 000 exemplaires. On remarque sur la tranche des motifs décoratifs dont la symétrie interdit la possibilité d’avoir deux sortes de tranches.

 

Mais, certains motifs apparemment décoratifs portent en eux une signification. Pratiquement toutes les pièces de monnaie portent des signes appelés « différents » en numismatique. Ils sont la marque du graveur ou celle de l’atelier où la pièce a été frappée. Pour la pièce de 1 Deutsche Mark ci-dessus, il s’agit du « J » caractéristique de l’atelier de Hambourg. En général, ces différents sont inscrits sur l’une des faces de la pièce, mais ils peuvent aussi être placés sur la tranche. C’est le cas pour la pièce de 5 couronnes (5 kroner) norvégienne émise entre 1963 et 1988.

Piece de monnaie 1985 tranche

Comme de nombreuses pièces de royaumes, l’avers est monopolisé par le portrait du monarque. Ici c’est Olav V, qui a régné de 1957 à 1991, date de son décès. Le revers montre les armoiries norvégiennes.

On remarque, sous le portrait d’Olav, une paire de marteaux croisés :

piece de monnaie atelier norvegien

C’est la marque de l’atelier de frappe norvégien (Det norske myntverket) situé dans la ville de Kongsberg.

Comme on le voit, elle se trouve également sur la tranche et son orientation (masses des marteaux tournées vers l’avers ou le revers) donne encore une fois lieu à la distinction de deux sortes de tranches.

Ainsi, la contemplation des surfaces gravées des pièces de monnaie ne se limite pas à leur avers et leur revers : elle peut s’étendre à leur tranche parfois riche d’informations.

 

François Saint-Jalm

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