LA PIÈCE DE « 3 »

 

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Déjà rencontrée dans certains des chapitres précédents, la pièce de « 3 » mérite d’être traitée pour elle-même dans un chapitre à part et celui-ci lui est tout spécialement dédié.
Il existe deux grandes catégories de pièces de « 3 » : celles qui participent à un système monétaire dodécimal ou sexagésimal et celles qui s’intègrent dans un système décimal.
Les premières ne sont guère surprenantes. En effet, si l’on doit accumuler 12 unités secondaires pour obtenir une unité de degré supérieur, il est logique d’avoir des pièces de « 3 » et des pièces de « 6 ». C’était le cas pour la monnaie britannique avant la décimalisation de 1971, et ça l’était par voie de conséquence coloniale dans tous les pays qui, dépendant d’une façon ou d’une autre de la Grande-Bretagne (le soleil ne se couchait jamais sur l’Empire Britannique, disait-on), avaient hérité son système monétaire.

Faisons donc le tour de ces quarts qui valent trois. Et la place d’honneur revient évidemment au Royaume-Uni. Douze pence formant un shilling, trois de ces pence en sont le quart. Je n’ai pas la chance de posséder de pièces de 3 pence datant du XVIIIème siècle. La plus ancienne qui figure dans ma collection date de 1891 :

3 pence 1891 Royaume Uni

3 Pence 1891 Royaume Uni
Cette pièce fait partie de ce qu’on appelle outre-Manche le « maundry coinage ». Il s’agit de monnaies frappées afin que le roi ou la reine puisse les distribuer au petit peuple lors de la cérémonie du jeudi saint. Ces pièces étaient généralement thésaurisées et n’ont que très peu circulé. Ici, on voit sur l’avers la troisième effigie de la reine Victoria, dite « du jubilé ».

Son petit fils Georges V apparaît sur cette pièce de 3 pence émise en 1913 :

3 pence 1913 Royaume Uni

3 Pence 1913 Royaume Uni
Elle est constituée d’un alliage contenant 92,5 % d’argent. L’inscription « GEORGIUS V D.G.BRITT:OMN:REX F.D.IND:IMP: » se lit : « Georgius V, Dei Gratia, Britanniarum Omnium Rex, Fidei Defensor, Indiae Imperator », qui se traduit par « George V, par la grâce de dieu, roi de toutes les Bretagnes, défenseur de la foi, empereur des Indes ». Maintenant on le sait.

 

3 pence 1936 Royaume Uni

3 Pence 1936 Royaume Uni
De même dimension que la précédente, la teneur en argent de cette seconde version des pièces de trois pence frappées sous Georges V n’est plus que de 50 %. Sur le revers, trois branches de chêne portant chacune une feuille et un gland symbolisent les trois pence que vaut cette pièce de la même façon que sur les pièces de six pence contemporaines figuraient six de ces mêmes branches.

3 pence 1939 Royaume Uni

3 Pence 1939 Royaume Uni
Sous Georges VI, la pièce de trois pence n’est plus en alliage d’argent mais en laiton de nickel (alliage de cuivre et de nickel). Cette fois-ci les trois pence sont symbolisés sur le revers par trois fleurs de poireau.

 

3 pence 1957 Royaume Uni

3 Pence 1957 Royaume Uni
Dernière pièce de trois pence émise par la Grande-Bretagne, elle a déjà été commentée dans le chapitre « Subdivisions et multiples ». Notons cependant que l’inscription lisible sur l’avers est maintenant : « +ELIZABETH·II·DEI·GRATIA·REGINA·F:D: ». Cela peut se traduire par : « Elizabeth II, reine par la grâce de dieu, défenseure de la foi ».

Bien qu’indépendante depuis 1922, l’Irlande a conservé un système monétaire identique à celui de la Grande Bretagne jusqu’à ce qu’elle adopte l’euro comme monnaie. Ainsi, avant 1971, pouvait-on trouver des pièces de trois « pingin » (nom irlandais du penny) dans son porte-monnaie.

3 pingin 1965 Irlande

3 Pingin 1965 Irlande
Nous voyons sur l’avers la harpe celtique qui se trouve sur toutes les pièces irlandaises. Un lièvre prêt à bondir occupe le terrain du revers où l’on peut lire : « leat reul », c’est-à-dire « un demi-reul », un « reul » étant le nom donné à la pièce de six « pingin ».

Tout comme d’autres pays européens (Espagne, Portugal, France, principalement) le Royaume-Uni a établi ses quartiers en Afrique aux temps des colonies. Voyons donc dans cette Afrique anglophone quelle présence a pu avoir la pièce de « 3 ». Découvrons d’abord la pièce de 3 pence émise par l’Afrique occidentale britannique qui, rappelons-le, regroupait la Gambie, la Sierra Leone, le Ghana et le Nigeria, quatre territoires géographiquement séparés.

3 pence 1941 British West Africa

3 Pence 1941 British West Africa
Cette fois-ci Georges VI a mis sa couronne.
Le Ghana a acquis son indépendance en 1957, le Nigeria en 1960, la Sierra Leone en 1961 et la Gambie en 1965.

Devenus indépendants, trois de ces pays (Ghana, Nigeria et Gambie) continuèrent à frapper une livre dodécimale locale pendant quelques années. Mais je ne possède qu’une pièce de trois pence du Nigeria datant de 1959, c’est-à-dire juste avant l’indépendance. Ce pays avait déjà un gouvernement propre représentatif et une constitution fédérale.

3 pence 1959 Nigeria

3 Pence 1959 Nigeria
Sur l’avers, on voit la jeune reine Elizabeth. Le revers nous montre un plant de coton. Sa forme et sa taille sont les mêmes que celles de la pièce britannique.

Plus au sud, différents territoires ont été colonisés par nos voisins d’outre-manche et leur présence en tant qu’occupants a duré jusqu’au dernier quart du XXème siècle, par exemple dans la région qui s’est un temps appelée « Rhodésie du Sud ». C’est, depuis 1980, l’actuel Zimbabwe. Voyons, pour commencer, la pièce de trois pence de 1934 :

3 pence 1934 Rhodésie du Sud

3 Pence 1934 Rhodésie du Sud
On constate, toujours avec le même étonnement, la présence sur ce revers de symboles typiquement « couleur locale », trois sagaies représentant les trois pence, alors que les peuples africains de cette région n’avaient, à cette époque, aucune autre sorte d’existence que celle de peuples asservis. Tout comme ce que l’on peut lire sur la pièce de 3 pingin irlandaise, il s’avère que l’abréviation de « penny » est un « d » et non pas un « p » comme on pourrait s’y attendre. C’est que le système monétaire britannique, déjà vu dans le chapitre consacré aux « Subdivisions et multiples », que l’on peut résumer par la suite de mots « livre – shilling – penny », était une sorte de copie du système français « livre tournois – sol – denier ». Voilà l’origine de ce « d » : c’est l’abréviation de « denier ».

En 1953, la Grande-Bretagne tenta de créer une nouvelle entité coloniale au nord de l’Afrique du Sud. Cela regroupait la Rhodésie du Nord (au nord du fleuve Zambèze), la Rhodésie du Sud (au sud du même fleuve) et le Nyasaland (plus à l’est), autant de régions dont on ignore souvent tout lorsqu’on est français et peu versé sur l’histoire africaine du siècle dernier. Cette fédération, appelée « Fédération de Rhodésie et du Nyasaland », ne tint la distance que pendant dix ans. Les trois territoires qui la constituaient redevinrent ensuite trois colonies séparées.

En juillet 1964, le Nyasaland devint indépendant et prit le nom de « Malawi ». Quelques mois plus tard, ce fut le tour de la Rhodésie du Nord qui prit le nom de « Zambie ». Ces deux pays étaient dirigés par des africains et non plus par des colons anglais. Pendant ce temps, la Rhodésie du Sud restait sous domination blanche. Elle proclama son indépendance en 1965 sous le nom de « Rhodésie ». Il s’en suivit une longue guerre de libération à la suite de laquelle ce pays quitta la tutelle britannique et devint le Zimbabwe.

Je possède une pièce de 3 pence de la Fédération de la Rhodésie et du Nyasaland et la voici :

3 pence 1962 Rhodésie et Nyasaland

3 Pence 1962 Rhodésie et Nyasaland
La Queen est sans surprise sur l’avers, tandis que le revers nous montre un « lis de Malabar » (gloriosa), plante herbacée originaire d’Afrique du Sud.

Poursuivons notre descente vers le sud avec, justement, l’Afrique du Sud. De 1806 à 1960, ce pays fut placé sous domination britannique. Après de nombreuses vicissitudes (multiples guerres et déclarations de l’indépendance de certains territoires), ce pays devint une république en 1961 et profita de cette occasion pour sortir du Commonwealth. C’est aussi l’année où les premières critiques internationales de la politique d’apartheid qui y était menée se firent entendre.

Le système monétaire anglais était donc en vigueur avant 1961, date à laquelle le Rand fut créé.

Je possède une rareté de 3 pence datant de 1895, c’est-à-dire juste avant la seconde guerre des Boers durant laquelle, entre autres horreurs, de nombreux civils Afrikaans furent internés par les Britanniques dans des camps de concentration préfigurant ceux de la seconde guerre mondiale. Cette pièce a été émise par la République Sud-Africaine du Transvaal, qui se trouvait dans la partie nord de l’actuelle Afrique du Sud et dont la capitale fut tout d’abord Potschefstroom (de 1852 à 1860) puis Pretoria (de 1860 à 1902).

3 pence 1895 Zuid-Afrikaansche Republiek

3 Pence 1895 Zuid-Afrikaansche Republiek
Le portrait de Paul Kruger (1825-1904), homme politique boer, président de la République Sud-Africaine du Transvaal de 1883 à 1902, occupe tout l’avers. On peut lire sur le revers les trois lettres « Z.A.R » qui signifient : Zuid-Afrikaansche Republiek.

Un seul modèle de pièces de 3 pence a été émis par l’Afrique du Sud entre 1925 et 1960.

Cependant, l’effigie du roi ou de la reine changeait au gré de leur décès et de l’accession au trône de leur successeur. Voyons un exemple de ces monnaies :

3 pence 1941 Afrique du Sud

3 Pence 1941 Afrique du Sud
On nous signale, sur l’avers de cette pièce, que Georges VI est à la fois roi et empereur, grand bien lui fasse ! Différents motifs décoratifs, dont trois objets oblongs représentant certainement les trois pence, entourent une « Protea cynaroides », fleur originaire d’Afrique du Sud et symbole de ce pays avec le springbok (antilope sauteuse).

Poursuivons à nouveau notre voyage numismatique vers le Sud et complétons cet inventaire britannique par une pièce de trois pence australienne. L’Australie, contrairement aux colonies africaines que nous venons de voir, est indépendante depuis 1901. De 1910 à 1960, son système monétaire était identique à celui de la Grande-Bretagne. Voyons deux exemples de pièces de trois pence de ce pays :

3 pence 1936 Australie

3 Pence 1936 Australie
Ce type de pièce a été émis entre 1910 et 1936. Au centre du revers on voit un blason où figure une « croix de Saint-Georges », bonne idée puisque le roi s’appelle Georges. Elle est tenue par deux animaux de cirque : un kangourou et un émeu, convenablement dressés, s’acquittent de leur tâche avec brio. Ils réussissent même à ne pas s’emmêler les pattes dans le ruban qu’on a disposé sous eux en bas de cette face et où il est écrit : « Advance Australia ».

Un autre type de pièces de 3 pence a été émis après 1936. En voici un exemplaire :

3 pence 1944 Australie

3 Pence 1944 Australie
Comme de coutume, trois objets nous rappellent que nous manipulons ici une pièce de trois pence. Ici ce sont trois épis de blé astucieusement maintenus en position verticale par un ruban qui sert aussi à souligner la date.

Passons maintenant aux systèmes monétaires relativement anciens et possédant des subdivisions faisant intervenir le nombre « 3 ».

Et, à cette fin, voyons la pièce de trois tangka tibétaine datant de 1911. Au début du vingtième siècle, les Britanniques (encore eux !) tentèrent de s’installer au Tibet en y menant une campagne militaire contre l’armée locale. Suite à leur victoire, des roupies indiennes (l’Inde était sous administration britannique) circulèrent au Tibet. Cependant, la Chine, qui revendiquait toujours sa souveraineté sur ce vaste territoire, se mit à émettre au Sichuan (province située à l’Est de Tibet) des pièces chinoises à destination de ce pays. Nous ne retracerons pas ici la complexe histoire tibétaine dans la première moitié du XXème siècle et nous nous contenterons d’observer une de ces pièces :

3 tangka 1911 Tibet

3 Tangka 1911 Tibet
L’avers montre le profil de l’Empereur Guangxu, de la dynastie des Qing et avant-dernier empereur chinois, mort en 1908. Il a été empoisonné par l’Impératrice Cixi qui mit ensuite à sa place le célèbre Puyi. Les inscriptions du revers signifient « fabriqué au Sichuan », les signes « 四 » et « 川 » signifiant « quatre rivières », ce qui se dit : Sichuan (quatre se dit « si »). La valeur faciale n’est pas inscrite : c’est 3 tangka. On reconnaît cette pièce au fait qu’elle est en argent et à son diamètre de 31 mm. Par ailleurs, 3 tangka valent 1 Roupie.

De 1754 à 1857, la monnaie de l’Empire Austro-hongrois était le florin. Et chaque florin était divisé en 60 kreutzer (en hongrois 60 krajczár). Si bien qu’un dixième de demi-florin valait 3 kreutzer. Il s’agissait donc d’un système monétaire sexagésimal, si pratique pour les sous-divisions. Il existait donc des pièces de 3 kreutzer :

3 kreutzer 1800 Autriche

3 Kreutzer 1800 Autriche
L’avers nous montre le profil de François II et l’on peut lire sur le pourtour de cette face les lettres : FRANC II D G R I S A GE HV BO REX. Ce qui doit se lire : Franciscus II. Dei gratia Romanorum imperator semper augustus Germaniae, Hungariae, Bohemiae rex. On peut traduire par : François II, Empereur romain toujours auguste par la grâce de dieu, roi d’Allemagne, de Hongrie et de Bohème. Sur le revers, la date, 1800, la valeur faciale inscrite sur le corps d’un aigle bicéphale.

Comme nous ne le savons pas toujours très bien, l’Allemagne ne s’est unifiée qu’en 1871, après la défaite française de la « guerre de 1870 ». Auparavant, différents États allemands coexistaient dans une relative indépendance. Le plus puissant, la Prusse, s’était doté d’une nouvelle monnaie en 1857 : le « vereinsthaler » en remplacement de l’ancien « thaler ». Le mot « vereinsthaler » signifiant « thaler de l’union », met en avant la volonté allemande de s’unifier en une grande nation au nord et au centre de l’Europe. Celle-ci a pu se réaliser en partant à la guerre et en s’alliant contre l’ennemi commun, la France.

Le vereinsthaler était divisé en 30 « silbergroschen » et chaque silbergroschen était lui-même divisé en 12 « pfenninge ». Au total, 360 pfenninge formaient 1 vereinthaler. Il s’agit donc d’un système à la fois dodécimal et sexagésimal. Dans cet espace monétaire, il est bien normal de trouver des pièces de trois pfenninge :

3 pfenninge 1870 Prusse

3 Pfenninge 1870 Prusse
Sur l’avers, on voit l’aigle impérial tenant un sceptre dans une de ses serres et un orbe crucigère dans l’autre. L’information « 120 einen thaler » rappelle que pour avoir un vereinsthaler, il faut rassembler 120 pièces de trois pfenninge. Le revers indique la valeur faciale et la date de frappe. La lettre « B » signale que la pièce a été frappée à Breslau et l’inscription « Scheide Müntze » signifie « pièce en billon », le billon étant un alliage de cuivre et d’argent contenant aussi un peu de plomb.

Nous allons maintenant pouvoir explorer les pièces de « 3 » qui s’intègrent dans un système monétaire décimal.
Commençons par le Royaume d’Italie, entité située au Nord de l’Italie, conquise par Napoléon Ier et dont il s’est déclaré roi. La monnaie était la lire, version italienne du franc français. Cette lire était divisée en 100 centesimi. Des pièces de 1 soldo, de 5 et de 10 soldi existaient, chaque soldo valant 5 centesimi. Et dans tout cet attirail décimal, la pièce de 3 centesimi faisait un peu tache :

3 centesimi 1811 Royaume d'Italie

3 Centesimi 1811 Royaume d’Italie
Entouré de l’inscription « Napoleone imperator e re » ainsi que de la date d’émission, le profil de Napoléon Ier relativement jeune puisque bien plus chevelu que ce que laissent voir des portraits plus tardifs. Une couronne d’opérette figure au centre du revers au dessus de l’inscription « 3 centesimi ». La lettre « M » correspond à l’atelier de Milan.

Nous allons maintenant explorer le système monétaire russe et tous ceux qui en sont dérivés. L’empire russe prit naissance en 1721 avec le règne de Pierre Ier. La monnaie était déjà le rouble qui était divisé en 100 kopecks. Au début diverses sous-unités ont porté des noms particuliers. Par exemple le quart de kopeck s’appelait une polushka, et le demi-kopeck une denga. Ce que nous appelons en français un kopeck se disait et se dit toujours une « kopeika ». Deux kopecks sont deux « kopeiki ». Quant à la pièce de trois kopecks, elle s’est un temps appelée un « altyn », pour devenir ensuite une pièce de trois « kopeiki ». Dix kopecks se sont appelés un « grivennick », tandis que vingt-cinq se disaient un « polupoltinnick » et cinquante une « poltina ». Voici donc une pièce de trois kopecks :

3 kopecks 1883 Russie

3 Kopecks 1883 Russie
L’avers nous montre les armoiries de l’empire russe. On peut lire l’inscription « МѢДНАЯ РОССІЙСКАЯ МОНЕТА » qui signifie : « monnaie russe en cuivre ». La valeur de trois kopecks (ТРИ КОПѢЙКИ) est également indiquée en toutes lettres. Sur le revers on peut lire « 1883 ГОДА », c’est-à-dire : année 1883. La valeur faciale est de nouveau indiquée au dessus de l’inscription « С. П. Б. » qui signifie que l’atelier de frappe de cette pièce se trouvait à Saint-Pétersbourg.

La révolution soviétique n’a pas changé grand chose aux subdivisions adoptées dans le système monétaire russe. On y retrouve donc la pièce de trois kopecks :

3 kopecks 1976 URSS

3 Kopecks 1976 URSS
L’emblème de l’Union Soviétique sera commenté dans un autre chapitre. Blé et feuilles de chêne font la déco sur le revers.

Tous les pays du « bloc de l’est » n’ont pas adopté le système russe. Cependant, certains d’entre eux ont éprouvé le besoin d’émettre des pièces de trois centièmes de leur unité monétaire principale. La Bulgarie en est un exemple.

3 stotinki 1951 Bulgarie

3 Stotinki 1951 Bulgarie
Les armoiries bulgares de la période allant de 1948 à 1967 se trouvent sur l’avers de cette pièce. La date, le 9 septembre 1944 est celle de la fondation de la République Populaire de Bulgarie (autrement dit : НАРОДНА РЕПУБЛИКА БЪЛГАРИЯ). C’est le lendemain du jour où l’Armée rouge soviétique est entrée dans ce pays qui, jusqu’alors, était pendant la seconde guerre mondiale un allié de l’Allemagne. Sur le revers, un épi de blé adopte docilement la courbure du listel, comme le pays lui-même se courbera sous le joug soviétique.

La Tchécoslovaquie, qui a cru pouvoir se rebeller en 1968 et inventer un socialisme à visage humain, a elle aussi émis des pièces de « 3 ». Voyons, pour commencer, la pièce de 3 « haléře » en remarquant que ce pays a émis des pièces de 1 « haléř », de 3 « haléře » et de 5 « Haléřů », mais pas de 2 :

3 haléře 1963 Tchécoslovaquie

3 Haléře 1963 Tchécoslovaquie
Une étoile à cinq branches, que l’on devine rouge, surmonte le lion emblématique de ce pays sur l’avers de cette pièce en aluminium. Sur le revers le nombre « 3 » se trouve sous la même étoile qui pourrait bien être posée là comme une épée de Damoclès. Il est entouré d’une couronne de tilleul.

Mais la Tchécoslovaquie ne s’est pas contentée de produire des pièces de 3 centièmes, elle a aussi multiplié par 3 ses couronnes :

3 korun 1969 Tchécoslovaquie

3 Korun 1969 Tchécoslovaquie
Comme pour la pièce précédente, la mention « République socialiste tchécoslovaque » (ČESKOSLOVENSKÁ SOCIALISTICKÁ REPUBLIKA) entoure le lion si bien « langué » et à la queue « fourchée ». Sur le revers cinq feuilles de tilleul sont disposée en forme de fleur au dessus d’une fausse tige (cela ressemble à un moulin à vent pour enfant). Ce bizarre collage est, semble-t-il, entouré d’un ruban de gymnastique artistique en plein mouvement et quelque peu irréel puisqu’il possède trois extrémités.

Dans le sillage de ses deux sœurs socialistes, la Roumanie a elle aussi émis des pièces de « 3 ». Sa monnaie est le « leu » (pluriel « lei ») et les centimes se nomment des « bani » (au singulier « ban »). Alors voyons la 3 « bani » !

3 bani 1953 Roumanie

3 Bani 1953 Roumanie
Rien à dire sur le revers, tant il est dépouillé… là, le graveur a fait le truc au tarif syndical. L’avers nous montre la version 1952-1965 des armoiries roumaines : de sempiternels épis de blé sont emballés à la va-vite avec un ruban portant l’inscription « RPR » pour « République populaire roumaine ». A centre, le soleil se lève (ou se couche : on a le choix) sur une forêt de montagne. Assez curieusement, un derrick se dresse à cet endroit : il ressemble furieusement à un mirador.

Après la 3 bani, pourquoi ne pas voir la 3 lei ?

3 lei 1963 Roumanie

3 Lei 1963 Roumanie
La scène bucolico-industrielle des armoiries de l’avers est la même que pour la pièce de 3 bani et, cette pièce étant un peu plus grande, elle est plus clairement lisible. Le revers est carrément industriel et nous montre une raffinerie de pétrole. En effet, l’extraction du pétrole, comme du gaz naturel, est une vieille industrie roumaine, le premier derrick y ayant été mis en fonctionnement en 1857, soit deux ans avant ceux qu’Edwin Drake érigea aux États-Unis d’Amérique.

L’éclatement de l’Union Soviétique en 1991 fit réapparaître d’anciennes nations qui formèrent de nouveaux pays indépendants. Ainsi en fut-il du Kirghizistan (ou de la Kirghizie, si l’on veut). Ce pays a gardé des attaches avec la Russie, le russe, bien que parlé par seulement 9 % de la population, est avec le kirghize la langue officielle de ce pays. L’alphabet cyrillique est de rigueur pour toutes les langues employées. Ce lien encore vivace avec la présence russe explique peut-être l’existence de pièces de 3 som.

3 som 2008 Kirghizie

3 Som 2008 Kirghizie
L’avers de cette pièce montre les armoiries du Kirghizistan. Elles seront détaillées dans un chapitre consacré à ces symboles. Le revers semble bien plus sobre et ne pas nous montrer autre chose que la valeur faciale : 3 som. Mais c’est ignorer ce que représente le dessin situé en haut et à droite du « 3 ». On retrouve d’ailleurs ce dessin en plus petit sur l’avers, de part et d’autre de la date. Il s’agit de la représentation simplifiée d’un « kookor », c’est-à-dire d’une sorte de gourde en cuir dont le réservoir est doté de deux cornes sur les côtés. Ce récipient est destiné à contenir du « Kumis » qui n’est pas autre chose que du lait de jument ou de chamelle fermenté. Mais ce n’est pas tout. Une sorte de triangle est dessiné sur ce kookor. C’est, en très stylisé, l’évocation d’un « tumar », sorte d’amulette de tissus coloré et qui a cette forme. Que de sens en quelques traits !

Restons dans la sphère d’influence soviétique en admirant la pièce de 3 pesos cubaine. De telles pièces ont été émises entre 1990 et 2002. Ce sont des pièces commémoratives circulantes frappées à la gloire du Che.

3 pesos 1995 Cuba

3 Pesos 1995 Cuba
On voit, sur le revers de cette pièce, les armoiries de Cuba qui, contrairement à ce qui s’est produit pour les autres pays communistes, n’ont pas été changées depuis 1849. Le slogan visible sur l’avers (la patrie ou la mort) n’est pas très engageant, d’autant plus que pour ce Che il y eut les deux : la patrie et la mort. L’image d’Ernesto Guevara qui a été choisie par le graveur est tirée d’une photo faite le 5 mars 1960 par Alberto Diaz Gutiérrez, plus connu sous le nom d’Alberto Korda. Sa présence sur cette pièce, comme sur les billets de trois pesos, fait aussi référence au fait qu’en novembre 1959 le Che a été nommé président de la Banque centrale de Cuba malgré son opposition à la notion même d’argent. Il signait d’ailleurs les billets émis pendant sa présidence d’un laconique « Che » :

Signature du Che

Signature du Che

Avant de revernir vers l’Europe, rappelons qu’en Inde, des pièces de trois paise ont été frappées (elles sont déjà évoquées dans le chapitre sur « la forme des pièces ») :

3 paise 1971 Inde

3 Paise 1971 Inde
Les trois lions visibles sur l’avers sont la représentation de l’emblème de l’Inde. Il s’agit des lions de Sarnath, ville située dans l’Uttar Pradesh où se trouvent les ruines d’un temple bouddhiste. Ces lions sont en réalité quatre et sont tournés vers les quatre points cardinaux.

Revenons vers l’Occident en nous arrêtant dans deux pays méditerranéens ayant connu la domination britannique : Chypre et Malte. Leur histoire monétaire n’est pas la même puisque ces deux îles n’ont pas du tout connu le même passé.

Commençons par Chypre qui, après avoir été sous domination ottomane pendant trois siècles, est devenue un protectorat britannique entre 1878 et 1960. Du point de vue monétaire, une livre chypriote qui valait une livre britannique était frappée par ce « pays ». Mais sa subdivision était différente, bien que tout aussi étonnante : une livre était divisée en 20 shillings et chaque shilling en 9 piastres. De cette période, je ne possède que deux pièces de 1 piastre. En 1955, année où la résistance des chypriotes grecs contre l’occupant britannique s’amplifie, la livre chypriote est décimalisée. Elle est désormais constituée de mille « mils », sous-division qui rappelle les monnaies de certains pays du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord. Et, avec cette nouveauté, apparaît la pièce de 3 mils, qui ne sera frappée qu’en 1955 :

3 mils 1955 Chypre

3 mils 1955 Chypre
Le revers recycle une image de poisson volant de la Grèce antique.

L’histoire relativement récente de Malte fait plus référence à la tentative de Napoléon Ier de s’y installer (1798 – 1800) qu’à une domination orientale. Ensuite, ce sont les Britanniques qui prirent possession de l’archipel. Et cela dura jusqu’en 1964. Indépendant depuis cette date, ce pays n’émit sa propre monnaie qu’à partir de 1972. Tout comme la livre chypriote, la lire maltaise était divisée en 1000 mils et des pièces de 3 mils furent émises entre 1972 et 2006 :

3 mils 1972 Malte

3 Mils 1972 Malte
L’avers nous montre quatre poissons sans véritable identité, des poissons de carnaval, qui encerclent une abeille posée sur les alvéoles hexagonaux de sa ruche. Cette image est un peu curieuse car l’abeille qui est montrée a ses pattes posées sur les alvéoles. Elle est donc au repos et, dans ce cas, elle devrait avoir ses ailes rangées le long du corps, les ailes antérieures étant disposées par dessus celles qui sont postérieures et les cachant à notre vue.

J’ai réservé la dernière place des pièces de « 3 » à une pièce de 3 cents émise entre 1851 et 1889 par les États-Unis. De toutes ces pièces intégrées dans un système monétaire décimal, c’est celle qui m’étonne le plus, tant nous sommes habitués aux monnaies d’outre-atlantique.

3 cents 1871 États-Unis

3 Cents 1871 États-Unis
La Liberté est de profil sur l’avers. L’usage de chiffres romains pour inscrire la valeur faciale des monnaies n’est pas courante aux États-Unis. On le retrouve sur les pièces de 1 cent (en 1869 sur une frappe d’essai), de 3 cents (de 1851 à 1889), et sur celles de 5 cents (de 1868 à 1913). Il est à noter que des pièces de deux cents n’ont été émises qu’entre 1864 et 1873.

J’ai encore deux cas intéressants à présenter. Le premier est une pièce commémorative grecque de 30 drachmes :

30 drachmes 1963 Grèce

30 Drachmes 1963 Grèce
Cette pièce commémore le centenaire de la dynastie royale dont le dernier représentant (de cette époque), Paul 1er était alors sur le trône. Ses prédécesseurs étaient Georges Ier, Alexandre Ier, Constantin Ier et Georges II. La carte de la Grèce occupe tout le revers. Cette pièce sera revue dans un chapitre ultérieur.

Une petite dernière monnaie dans la même lignée que ses sœurs : une pièce de 300 réis brésilienne datant de 1940. Comme il sera dit dans le chapitre consacré aux « monnaies faibles », le Brésil a connu diverses péripéties monétaires depuis sa création. Le réal dont nous parlons a été la monnaie brésilienne de 1799 à 1942 (belle longévité quand même !). Il remplaçait l’ancien réal (1654 – 1799) dont le cours s’était effondré. En 1940, la santé de la monnaie brésilienne n’était pas florissante et cela justifie l’existence de pièces circulantes dont la valeur faciale était de 300, de 400 ou de 500 réis, voire de 1000 ou 2000 réis. Imaginez des pièces de 500 euros ! Voilà donc cette petite dernière :

300 réis Brésil 1940

300 Réis Brésil 1940
On voit, sur le revers le profil de Getúlio Dornelles Vargas (1882-1954), président du Brésil de 1930 à 1945 et de 1951 à 1954. La vie politique au Brésil était particulièrement agitée pendant toute cette période… un peu comme elle l’est actuellement. Sous la pression d’une opposition de plus en plus féroce, et sommé par son propre gouvernement de démissionner, il se suicida le 24 août 1954. Sur le revers, une frise assez tarabiscotée, et vraisemblablement destinée à compliquer l’existence des faussaires, entoure le mot Brasil, la valeur faciale et la date.

Toujours fascinante et singulière, la pièce de « 3 » a donc connu un franc succès dans toutes sortes de pays, à différentes époques et pour toutes sortes de raisons. J’espère que l’inventaire qui vient d’en être fait a constitué un agréable voyage numismatique.

François Saint-Jalm

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